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Le billet d'Yvan

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Yvan Plante
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Les fraises au pétrole - 15 février 2006

En février, les comptoirs de fruits attirent les clients avec leur étalage de fraises. De grosses fraises inodores, blanchâtres, dures, au goût de carton. Tout ça pour moins de cinq dollars la barquette. Pas cher! Mais, pas fameux! Et les consommateurs se laissent prendre au piège du rêve printanier. Le sud végétal.

Mais le vrai prix de ces fraises n'est pas affiché. Il sera assumé par les générations futures. C'est un des nombreux produits de l'économie mondialisée du pétrole. La Banque Mondiale, l'OMC, les multinationales et nos gouvernements supportent ce commerce à courte vue.

Ces fraises voyageuses sont d'une variété « RubberBall ». Trempé dans un cocktail de pesticides qui neutralise toutes les bactéries pouvant les avarier à moyen terme, elles peuvent traverser les continents et supporter le long entreposage dans les centres de distribution. Nous savons comment les vraies fraises de qualité sont sensibles au transport et à l'entreposage et que le temps nous est compté entre le champs et la table. Le refroidissement rapide est insuffisant pour un long déplacement. Il faut les moyens extrêmes.

La production de fraises d'exportation nécessite de grandes quantité d'engrais azotés, d'eau et une main d'œuvre bon marché. Et le transport de ces fraises du sud au nord nécessite une grande quantité de pétrole. Ce pétrole et les engrais azotés produisent, comme on le sait maintenant, des gaz à effets de serre. Les frais cachés de ces fraises sont pas mal élevé, assez pour m'enlever le goût de les désirer.

Produire en fonction du marché mondial apporte des revenus immédiats, mais prépare des catastrophes dont on ne mesure pas encore toute l'ampleur.

Chaque paysan est un phare dans son milieu. Pour lui, l'avenir débute aujourd'hui. Les paysans favorisent une distribution de proximité parce que c'est une façon rationnelle de réduire la pollution de l'atmosphère et d'améliorer la qualité de l'alimentation.

Depuis 50 ans, les gouvernements encouragent l'agriculture orientée vers les marchés mondiaux et son cortège d'effets nocifs pour l'environnement planétaire. Il faut maintenant une révolution agricole mondiale qui valorise les productions locales, les produits qui alimentent nos voisins. Les états doivent supporter l'agriculture nationale qui vise à satisfaire les besoins des citoyens comme on supporte l'assurance santé.

Ici au Québec, la révolution agricole paysanne implique supporter les cultures abritées qui prolongent les saisons, et supporter la main d'œuvre agricole par un programme semblable à celui utilisé pour développer le multimédia. Nous sommes capable de produire des fraises de qualité pour le Québec durant trois saisons, des vraies fraises! Nous avons besoin d'états généraux de l'agriculture pour proposer de nouveaux objectifs réalistes et des moyens concrets pour les réaliser.

Entre temps, les paysans portent seuls le futur.

 

En collaboration avec
Le Jardin des Anges

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