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Le billet d'Yvan

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Yvan Plante
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Semer la diversité - 01 février 2006

C'est le temps des semis. Nous feuilletons les catalogues de semences nouvelles et anciennes. Chaque année, je suis frappé par la quantité de cultivars développée par les générations successives de paysans. Chaque plante de notre potager a une histoire connue qui remonte parfois jusqu'à l'Antiquité. Les cultivars sont aux jardiniers ce que les livres sont aux écrivains. Chacun est une mémoire des activités et des goûts humains. Il y a des bibliothèques. Il y a des conservatoires de semences.

Pourquoi tous les humains ne lisent-ils pas uniquement le même livre, le meilleur? Ce serait économique. Un livre ne peut-il contenir toutes les expériences humaines? Bien sûr que non. Ainsi va-t-il des variétés de semences. Chacune représente une expérience. Mais alors, pourquoi 90% des tomates de serre mises en terre en Amérique du nord viennent-elles du même cultivar, le TRUST? Pourquoi mange-t-on partout la même sacrée tomate rouge?

On peut accuser les compagnies de semence de standardiser et de réduire la diversité. Et on a raison. Mais, la décision du jardinier qui choisit chaque année ses semences est aussi un important facteur de la réduction de la diversité. Pourquoi choisir la plus résistante, la plus productive, celle qui se conserve le mieux, la plus hâtive, la plus plus….? Ceci amène tout le monde aux mêmes cultivars. Et le « plus » cache toujours un « moins ». Et le moins qui est perdant, c'est souvent le goût.

Pourquoi se contenter d'une seule variété de tomates quand il y en a sept mille? Il y a ici place à la révolution. Choisir de semer des cultivars de tomates moins productifs, mais qui ont des goûts particuliers, est un geste qui répond à une autre logique que celle de l'agrobusiness. Ces belles tomates noires de Russie offrent une expérience gustative unique. Et cette tomate rose du Québec développée grâce au travail minutieux de Monsieur Doucet, pourquoi n'aurait-elle pas sa place sur notre table?

Des générations de jardiniers québécois comme le Père Savignac de Joliette et des centaines de jardiniers d'Amérique du Nord ont créé des cultivars adaptés à notre climat et à nos goûts. Leurs semences sont toujours là dans les banques. Pourquoi se ruer vers des cultivars « nouveaux » qui promettent la facilité et la prospérité et leur céder tout l'espace? Pourquoi une tomate doit-elle passer le test de résistance qui consiste à la laisser tomber de quatre pieds sur un plancher de ciment? Bien certain, les chaînes de magasins aiment ce produit, elles peuvent le transporter et le brasser sans craindre de craquement. Mais cette peau de crocodile des tomates industrielles relègue au musée les fines textures de certaines variétés. Ségrégation! Dehors des Loblaw's de ce monde, les tomates à peau douce.

Les chaînes sont les bastions de la standardisation et du nivellement. Pour garder accès à notre patrimoine végétal, il ne faut compter que sur nos propres moyens. En plantant cette année des espèces végétales négligées, nous participons à la lutte pour la diversité. En les achetant, le consommateur redécouvre des trésors.

 

En collaboration avec
Le Jardin des Anges

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2007-07-11

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